L’ours de Borée

Ils sont quatre, une famille de vieille tradition, Eliott, Ruth, et leurs parents. Des sportifs aisés, des gens du grand air voulant des enfants capables de s’adapter aux nouvelles conditions de ce monde menaçant.

Ils survolent de longues étendues étranges de gadoue, de brumes. Le père racontant le permafrost dégelé, les vieux virus remontant à la surface et le carbone libéré.
Le petit avion atterrit sur une immense plaque de glace craquant sous le soleil.

Un week-end en Borée, ce nouveau territoire de l’Arctique maintenant visitable depuis la fonte des glaciers. Le dernier endroit à la mode. Là où on peut camper dans un jour sans fin !
La joie. Le traîneau tiré par un skidoo silencieux. L’espace. Le soleil et cette douceur de juillet au pôle Nord.
On visite un musée-igloo habité jadis par des Inuits, un ancien peuple.
Dans cette lueur de nuit qui ne tombe pas, on distingue à peine les étoiles.

Le papa raconte :
— Avant, les Inuits chassaient les phoques et le poisson. Ils avaient des chiens pour tirer des traîneaux.
Dans leur mythologie, ils étaient les descendants d’un animal du genre yeti en Himalaya. On l’appelait **l’ours blanc**. Un ours énorme, blanc couvert de poils, avec derrière lui, une cape de poils blancs qui traînait sur la neige. Un genre prince de l’Arctique. La moitié du temps, il était homme, et l’autre moitié, un ours doté d’une force incroyable. Il mangeait même des humains, surtout les plus vieux ou les plus jeunes comme vous… Haaaaaa.
— Arrête papa !
— Un jour, une femme recueillie par une famille d’humains au milieu de la tempête a découvert que la nuit, ils devenaient ours. Pour ne pas être mangée, elle a promis le secret, mais revenue au village, elle a tout dit. Les ours qui entendaient tout sont venus pour se venger, mais les chiens les ont chassés jusque dans le ciel. Vous voyez, c’est la constellation du chien : des ours poursuivis par un chien. Allez, il faut dormir un peu les enfants.

Le hurlement du petit garçon a réveillé tout le monde. Il est debout devant la tente.

Je vous jure, c’était l’ours blanc : « J’ai vu sa main énorme, tellement grand, tout blanc et sa traîne de poils blancs. Il s’est penché sur moi. J’ai vu son œil qui pleurait. Ça coulait. Regardez. Regardez, on voit la trace. Ça fait comme une rivière. »

— Mais non, Eliott, c’est la trace du traîneau, et c’est la glace qui fond.
— Je t’avais bien dit de ne pas raconter de choses effrayantes aux enfants avant de dormir. Un ours qui pleure, manquait plus que ça au pôle Nord…

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